Le voyage à Kuopio, en Finlande, a été un moment d’échanges enrichissant autant pour les élèves que pour nous, professeurs. Nous connaissions la bonne réputation du système éducatif finlandais à travers les médias et sommes donc partis avec une certaine curiosité. Ce séjour a été l’occasion de comparer les lycées finlandais et français, d’enrichir la réflexion sur nos pratiques et de nous donner quelques pistes d’innovation pédagogique.
Nous avons visité trois lycées : deux lycées ruraux dans lesquels nos correspondants étudient et enseignent (Juankoski et Nilsiä), situés à une soixantaine de kilomètres de Kuopio, ainsi qu’un lycée de centre-ville dont les options sont plutôt artistiques, à Kuopio.
L’échelle des lycées de Juankoski et Nilsiä peut être décrite comme familiale. Les enseignants sont souvent à cheval entre ces deux établissements qui ne comportent, chacun, qu’une centaine d’élèves environ. Les élèves appellent les enseignants par leurs prénoms. Les effectifs des classes y sont très peu élevés (pas plus d’une dizaine d’élèves dans les matières auxquelles nous avons assisté) mais le lycée de Kuopio a des classes dont les effectifs se rapprochent davantage de la norme française. Les journées d’école sont courtes, de 9h à 15h, chaque séance durant 55 minutes. Nous avons assisté à des cours normaux de l’emploi du temps des élèves finlandais (philosophie/ religion/ psychologie, mathématiques, langues vivantes, etc.) ainsi qu’à des « workshops » mêlant nos élèves français et finlandais sur le thème du développement durable dans le tourisme.
Ce qui nous a le plus frappé est l’absence de stylo, de livre et de papier en général. Tout travail est réalisé sur un ordinateur portable individuel offert par l’Éducation Nationale. Chaque élève doit chercher ses devoirs sur son espace numérique (surtout le logiciel Teams) et peut consulter ses livres en version numérisée. Les débuts de cours diffèrent des nôtres car les professeurs n’ont pas à démarrer la séance de façon formelle : les élèves s’installent et se connectent sur leur espace de travail sans commentaire excessif de la part des enseignants. En plus de la préparation en amont de la séance numérisée, leur rôle est d’aider les élèves à avancer leurs activités et faire le point au cours de l’heure. Il semble que l’esprit général est à une certaine autonomie accordée aux élèves.
Néanmoins, au-delà des points positifs, les enseignants nous ont confié quelques-unes de leurs difficultés. Ils doivent par exemple gérer l’hétérogénéité des parcours car les élèves ne sont pas au même niveau d’acquisition des modules qu’ils choisissent selon les périodes de l’année. Ils doivent donc préparer les activités par niveau bien que le thème de la classe soit commun. Nous étions interrogatifs sur le fait que les élèves n’utilisent que des ordinateurs et nous leur avons demandé si c’était ainsi depuis leur plus jeune âge ; certains de nos collègues finlandais nous ont exposé leur scepticisme à propos de l’exigence d’autonomie généralisée à tous les élèves dès les classes du primaire, surtout que la plupart des élèves ne commencent leur scolarité qu’à 7 ans. De plus, au lycée, la grande liberté laissée aux élèves peut évidemment entraîner quelques abus (« un jour, un élève regardait Netflix sur son ordinateur. »)
De même, nous avons assisté à des préparations d’examens, en particulier de mathématiques. Ceux-ci se déroulent aussi par l’intermédiaire de l’informatique. Les élèves doivent booter sur une clé USB sur laquelle est installée un système d’exploitation Linux spécial examen. Ils répondent ainsi sur ordinateur à une série de questions allant de simples exercices d’applications sur des notions classiques de mathématiqes à des tâches complexes relevant de problèmes plus concrets qu’en France (conversions en devises étrangères, emprunts à la banque, fonctions modélisant des phénomènes réels, etc.). En plus de l’aspect informatique et de l’esprit des questions, les examens finlandais diffèrent grandement des nôtres par la durée : six heures ! Nos collègues finlandais nous ont expliqué qu’ils leur arrivaient d’offrir personnellement aux élèves de quoi manger car ils peuvent déjeuner pendant l’épreuve.
Pour terminer, même si nous n’avons pas pu approfondir en une semaine tous les aspects du système éducatif finlandais, il nous semble important de relever qu’un soin particulier est donné au bien-être des élèves et des enseignants. Les classes d’enseignement et les salles de profs sont très agréables et sont même parfois dotées de mobilier permettant de se reposer (matelas et fauteuils dans quelques classes, cuisine équipée et/ou lit dans certaines salles de profs). Ce qui peut paraître anecdotique montre que le système finlandais parvient à conjuguer exigence et bienveillance.
Bruno Ibarrart et Grégory Viateau

